Voila, bonne lecture !
Vendredi 2 Novembre
13h04
Pour une fois j’ai fini les cours tôt. Alors c’est avec encore plus d’empressement que j’enfile mon manteau blanc, assez épais pour résister au froid de Novembre. D’autant plus que je suis officiellement en vacances ! Avec un peu de chance, je serai rentrée chez moi d’ici une petite heure pour pouvoir déguster une bonne assiette de pâtes. De celles qui vous donnent du courage pour la suite de votre journée. Et je vais en avoir besoin, croyez-moi ! Aujourd’hui, je rencontre mon nouveau demi-frère. Après deux ans de relation avec Daniel, ma mère m’a annoncé qu’il venait s’installer dans notre appartement de la banlieue parisienne. Mais comme un bonheur (ou un malheur c’est selon) n’arrive jamais seul, j’ai appris que Monsieur a un fils qui vient justement faire ses études dans notre chère capitale lumière. J’ai toujours accepté les choix de ma mère quant à l’idée de refaire sa vie après le divorce de mes parents, mais là, apprendre du jour au lendemain que je vais partager mon espace de vie avec un adolescent de mon âge que je ne connais pas, ça me fait encore bizarre. Sans compter que je vais devoir jouer le guide touristique pendant toutes les vacances puisque c’est la première fois que Jo, c’est ainsi que s’appelle le fils de Daniel, vient à Paris. J’ai échappé tout juste à la corvée d’aller le chercher à la gare TGV parce que j’avais cours ce matin, mais ce soir, Jo sera bien à la maison pour le dîner.
Avec mes amies, nous nous séparons devant notre lycée. Je suis la seule à ne pas habiter Paris intra-muros et chaque jour, une heure de transport m’attend pour l’aller et pour le retour, mais comme mon père est Directeur de ce lycée privé, il était hors de question que j’aille m’instruire autre part. Tout de même, autant de trajet pour le voir à peine entre deux cours, ça me laisse un arrière goût désagréable.
Il commence à faire vraiment froid, et je dois souffler sur mes doigts tout en effectuant les 5 minutes de marche à pied qui me sépare de l’entrée du métro. Je n’aime pas vraiment descendre sous terre, mais je n’ai pas vraiment le choix. Du Lundi au Vendredi, même les jours de grèves où prendre les transports devient un marathon, j’emprunte le dédale de stations et des lignes encombrées.
Le quai est quasiment désert à cette heure-ci, mais il y fait plus chaud que dehors et je déboutonne mon manteau avant de m’assoire en attendant l’arrivée de ma rame. Les écouteurs, que je place dans mes oreilles, vibrent d’une musique à la tonalité pop-rock que j’écoute sans vraiment faire attention, lisant un roman que je retrouve au fond de mon grand sac noir en skaï.
13h16
Je suis assise dans le métro qui n’est pas bondé, chose assez rare pour que je le signale, parce que d’habitude, quand je sors de cours à 17h c’est une tout autre histoire. Tout d’abord, parce que l’idée de s’asseoir en heure de pointe est un doux rêve que l’on ne peut caresser que si quelqu’un d’assez proche de vous se lève pour descendre à sa station. Ensuite la promiscuité n’est pas une option, ainsi que les inévitables discussions dont tout le monde se fiche, mais qu’une fille assez niaise nous oblige à partager. Ainsi, quand elle a la voix assez aigue nous pouvons apprendre que « Stephaniie a encore changé de petiit amii ». Mais là, rien. Nous sommes assez peu nombreux en plus. J’ai eu l’occasion d’observer mes voisins, cachée derrière un journal gratuit que je faisais semblant de lire : un couple de personnes âgées est assis près de la porte me faisant face et un jeune homme d’une vingtaine d’année semble dormir sur ma gauche. Je vois distinctement son profil car il est installé dans la rangée de siège dans l’alignement de la mienne, son sac de voyage posé au sol. Plutôt mignon dans son genre, mais les cheveux blonds qui tombent sur le visage et le style « sweat à capuche » c’est un peu dépassé… Je suis tellement concentrée pour essayer de déchiffrer l’inscription sur son pull blanc, que je pousse un cri de peur quand, d’un coup, le métro s’arrête en me projetant en avant. Une seconde passe et nous sommes plongés dans l’obscurité la plus totale, angoissante et oppressante. Je n’ai pas peur du noir en temps normal mais là, j’ai le cœur qui bat trop vite. Ma respiration s’accélère elle aussi, jusqu’à ce qu’un faisceau de lumière apparaisse.
« - Tout le monde va bien ? » demande le jeune homme en se levant pour nous illuminer tour à tour grâce à la lampe de son téléphone portable. Il parait plus jeune de face et possèdent des yeux clairs dont je ne peux définir la couleur dans la pénombre, mais qui ont un pouvoir presque hypnotique. Je me retourne pour voir dans quel état sont les deux personnes âgées. Ces dernières se tiennent la main et c’est l’homme qui répond alors que sa compagne tapote sa permanente pourtant toujours parfaite :
« - Tout va bien pour nous jeune homme. J’ai bien cru ma dernière heure arrivée…
- Pars avant moi et je me charge de te faire connaître l’enfer ! » répliqua sa compagne, faisant naître ainsi des sourires sur nos visages encore blême de notre récente frayeur.
« - Et toi tu vas bien ? » me demande-t-il. Sur le coup, je ne remarque même pas qu’il me tutoie : ses yeux me font manquer un battement de cœur quand il me fixe.
« - Très bien… »
Son sourire s’étend d’un côté à l’autre de son visage et comme par magie, la lumière revient dans la rame.
13h33
Cela fait plus d’un quart d’heure que nous sommes arrêtés au milieu du souterrain. La voix du conducteur nous a déjà indiqué de ne pas descendre et cette annonce a été accueillie avec un silence résigné : l’attente va sans doute être un peu longue. J’ai sorti un livre de mon sac mais après avoir lu cinq fois le même paragraphe d’Orgueil et préjugés, je me rends compte que mon voisin a encore fermé les yeux et que je l’observe depuis que les lumières sont revenues. Je suis déçue de ne pas voir la couleur de son regard maintenant que la luminosité le permet. Je ris silencieusement de mon sentiment de déception un peu enfantin mais ne détourne pas le regard pour autant. D’ailleurs quelque chose vient d’attirer mon attention : la poche ventrale de son sweat bouge toute seule ! Ses mains, enfoncées dans les poches de son jean, ne peuvent en être responsables. Comme s’il avait remarqué mon regard, il ouvre les yeux. Je dois avoir l’air très étonnée parce qu’un sourire vient illuminer son visage et ses yeux d’un vert profond. Sa main passe dans la poche suspecte et ressort entourant un rongeur blanc au corps allongé.
« - C’est mon furet, il dormait comme d’habitude, m’explique-t-il. Il s’appelle Lex, et moi c’est Joshua. Tu as un prénom ?
- Sandrine. »
Je n’ose pas vraiment parler. Dans la vie, il y a deux choses que je déteste : le pamplemousse et les rongeurs. Et dans cette dernière catégorie, vous pouvez y inclure les lapins, les hamsters, les rats, les souris, les cochons d’inde... et les furets ! On aura beau me dire : « mais ils sont mignons avec leurs poils et leur malice », moi tout ce que je vois, c’est des dents énormes et des regards mesquins. Est-ce qu’il a compris ce que je ressens ? Sans doute parce qu’il me demande :
« - Aurais-tu peur de lui ? Tu sais Lex ne mord pas… »
Il se lève et vient s’assoire en face de moi avec une nonchalance qui me laisse un peu surprise. Nous ne nous connaissons pas, mais c’est comme si nous étions amis depuis un moment pour lui. Sans un mot, il pose l’animal sur ses genoux et ce dernier se met à couiner et à sautiller.
- Tu vois, il a envie de s’amuser. En fait, s’il sent ta peur, il va réagir en fonction… Prête-moi ta main Sandrine.
J’obéis en la lui tendant et il place ses doigts par-dessus les miens, avant de me faire saisir l’animal délicatement. Celui-ci ne réagit quand gesticulant sans aucune agressivité. Instinctivement je me détends et Joshua me murmure :
- Il t’a adopté parce que tu l’as accepté. C’est aussi simple que ça.
- Je ne suis pas rassurée pour autant.
- C’est normal, il te faudra un peu de temps sans doute, m’explique-t-il en relâchant mes doigts. C’est là que je me rends compte que nous nous sommes tenus la main et que mes réflexes de filles reviennent : je sens mes joues devenir rouges et je reprends mon livre pour masquer mon embarras.
- Jane Austen ? Tu es du genre romantique alors ?
Il me demande ça avec une décontraction qui me laisse surprise. Et puis après tout, pourquoi pas ? Qui sait combien de temps je vais rester enfermée avec lui ?
- Je lis aussi du Barbara Cartland si tu veux tout savoir...
Désolée du bug qui a effacé le texte de cet article pendant quelques jours... Il semblerait que Firefox et Overblog soient de moins en moins compatibles ! En tout cas, merci a Earth pour les
corrections.
Ce texte sera aussi publié sur le forum Trois petits points, et si vous aussi vous voulez faire partager vos écris,
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Bisous, bonne semaine !

Lundi 5 novembre
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