Il existe des songes que l’on oublie sitôt éveillé, qui nous laissent une impression de déjà vu, de déjà vécu… cette histoire est celle d’un rêve qui vient se mélanger à la réalité, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi, mais a-t-ont une raison d’oublier ce que l’on vit lorsque l’on dort ?
- Léo… réveille toi, faut qu’on se lève où on va être en retard.
Il avait une voix ensommeillée et semblait aussi peu motivé que sa sœur qui cachait sa tête sous l’oreiller. Il faisait sombre dans la chambre où le réveil sonnait depuis plus de 10 minutes. Le soleil filtrait par l’interstice qui existait entre les rideaux, illuminant le bureau ou s’amassaient des livres, des vêtements, des stylos…
Un coup discret à la porte se fit entendre et sans attendre de réponse, un homme brun d’une quarantaine d’années entra dans la pièce et, d’un geste décidé, ouvrit les rideaux laissant pénétrer les pales rayons du soleil de septembre. Alors que des grognements s’échappaient du lit où les deux silhouettes d’adolescents étaient allongées, il éteignit le réveil et tira sur le bas de la couette, découvrant ses deux enfants par la même occasion. Puis les mains sur les hanches, il déclara d’une voix forte pour finir de les réveiller :
- On se réveille ou j’apporte un seau d’eau ! A votre âge, on ne dort plus ensemble quand on est frère et sœur… je vous jure, on dirait des gosses…
- Papa, gémit Léonore en sortant la tête de sous son oreiller, t’es méchant avec nous…
Le gros nounours qui s’étalait sur sa chemise de nuit bleue clair lui donnait presque l’air d’une gamine.
- Non je veux juste que vous arriviez à l’heure pour la rentrée. Vous n’oubliez pas je rentre tard se soir. Sur ce debout, sinon vous pourrez dire adieu à votre petit-déjeuner.
Il quitta la pièce, laissant à sa fille le soin de réveiller son frère. D’un geste de la main, elle repoussa les longues mèches blondes qui cachaient l’éclat de ses yeux bleus qu’elle frotta vigoureusement. Puis tout en s’étirant, la jeune fille ébouriffa les cheveux roux de son frère qui se retourna sur le ventre en grommelant. Avec sa carrure imposante et sa tignasse jamais disciplinée, il était le portrait craché de leur père qui s’appelait Louis. Elle-même ressemblait plutôt à leur mère, morte trois ans auparavant d’un cancer de l’ovaire. Si son décès avait profondément affecté l’ensemble des membres de cette famille, c’était chez Oliver, le frère de Léonore, que cela c’était le plus ressenti. Quand sa mère avait commencé une chimiothérapie sans grand espoir de guérison, il avait fait bonne figure, se faisant dur, presque insensible, puis à son décès, c’était comme si on avait libéré un fauve en cage. A 14 ans, il devint l’un des garçons les plus redoutés de la ville : violent, agressif, sans aucun scrupule, le poste de police était vite devenu un lieu commun pour son père qui devait venir le chercher à chaque incartade. Puis l’année d’avant, il était revenu sur le droit chemin. Seul lui et sa sœur savait pourquoi mais ils leur étaient souvent douloureux d’en parler. Comment ne pas se rappeler ce souvenir sans en souffrir ? Ce jour où un caïd avait pris Léo comme objet de pression sur Olivier et que ce dernier s’était fait passer à tabac pour lui éviter d’être blessée restait pour eux un souvenir aussi douloureux que la mort de leur mère parce qu’à ce moment là ils avaient eu peur de se perdre l’un l’autre. Malheureusement, une légère cicatrice était restée sur la peau fine du cou de la jeune fille, souvenir de la pression de la lame sur sa gorge quand elle avait voulu aider son frère. Depuis, un lien très fort s’était créé entre eux, elle était son soutien, son petit plus qui l’empêchait de sombrer dans la violence et lui il était celui qu’elle avait l’impression de ne pas avoir pu consoler et protéger.
De ses yeux rougis par un réveil intempestif, elle lança un regard mauvais au réveil et sursauta : si ils n’étaient pas près dans les 20 minutes, ils allaient devoir aller à pied jusqu’au lycée !
- Olivier ! cria-t-elle à son frère. J’utilise la salle de bain en premier !
Un nouveau grognement lui répondit.
Après avoir enfilé une petite robe bleue pour elle et un ensemble jean et t-shirt noir pour lui, ils sortirent en courant et de justesse, ils réussirent à rentrer dans le bus déjà bonder ou les attendaient Alexis et Sandrine, des amis qu’ils connaissaient depuis un bon bout de temps. Ils entamèrent de suite une discussion bruyante comme seuls des amis qui ne se sont pas vu depuis deux longs mois de vacances peuvent en avoir mais cela ne gêna personne dans l’autobus où des dizaines de lycéens étaient pressés de se raconter leurs histoires d’été. L’un des sujets qui mettaient en ébullition les esprits des jeunes adolescents était l’arrivée de la fille d’Albert Duchesnay dans leur lycée. Personne dans la petite ville de Laïe-sur-forêt n’ignorait que le grand entrepreneur milliardaire avait choisi de s’installer dans la région afin d’échapper au stress de Paris et pour se reposer après son arrêt cardiaque. La grande maison qu’il s’était faite construire arborait déjà le nom de son propriétaire sur la plaque dorée de la sonnette et on avait vu deux enfants y pénétrer, une adolescente d’environ 16ans et un petit garçon à peine plus haut que trois pommes : les enfants Duchesnay, sans aucune doute. Mais le milliardaire n’avait jamais dévoilé sa vie privée dans les journaux aussi personne ne savait vraiment à quoi il ressemblait lui et de quoi avaient l’air ses enfants. Et depuis 2 semaines, une rumeur disait que sa fille était venue s’inscrire au lycée ! De quoi donner à raconter ! Ceux qui ne l’avaient pas vu s’imaginaient déjà une grande pimbêche blonde et ceux qui l’avaient aperçue comme Sandrine n’en parlait que comme une jeune fille très simple.
Le quatuor fut interrompu dans sa conversation par l’ouverture des portes du bus. Ils n’eurent que quelques pas à faire pour arriver devant les listes d’élèves des nouvelles classes pour cette rentrée. Oliver lisait lentement les noms devant lui : les professeurs avaient choisi de ne pas le séparer de sa sœur : bien qu’il ait un an de plus qu’elle, son année de vandalisme lui avait laissé un sérieux retard scolaire et cela lui avait fait redoubler son année de troisième le faisant atterrir au même niveau que Léo. Les noms d’Alexis et de Sandrine figuraient eux aussi dans la liste ainsi que celui de Johanna Duchesnay ! Ainsi la fille du milliardaire allait être dans la classe de première d’Olivier. Le jeune roux tenta de l’imaginer comme Sandrine la lui avait décrite mais rien ne pouvait lui faire décrocher de l’image de grande blonde décolorée qu’il s’en faisait. Il en fut d’autant plus surpris quand il vit arriver une jeune fille aux cheveux bruns retenus en un chignon simple qui dégagait son visage fin, éclairé par deux grands yeux bleus sans une once de maquillage. Elle portait un simple pull rose qui ne mettait pas en valeur sa silhouette élancée. A la voir, on ne pouvait pas deviner qu’elle était la fille d’un milliardaire. Pourtant, Olivier ne pouvait pas se tromper : elle venait de se placer devant la liste de sa classe et il connaissait les visages de tout les noms sur la liste sauf celui de Johanna Duchesnay. La petite fille de riche semblait anxieuse remarqua-t-il.
Et il avait raison. Jamais encore elle ne s’était sentie autant observée de sa vie. Elle sentait tous les regards curieux des jeunes gens posés sur elle, il faut dire que les filles d’entrepreneur aussi riche que son père ne courraient pas les rues et son arrivée avec deux gardes du corps avait fait sensation. Elle espérait qu’elle pourrait bientôt convaincre ses parents de la laisser faire seule les 5minutes à pied qui séparait sa maison du lycée. Déjà qu’ils la forçaient à aller au lycée public avec des gens qu’elle ne connaissait pas pour soi disant « connaître la vrai vie des travailleurs qui gagnaient leur vie et pour se faire des amis autres que les petits bourgeois de Paris » comme disait son père. Mais premièrement, elle n’était amie avec personne à Paris, et deuxièmement elle avait l’impression que jamais elle ne pourrait avoir des liens avec les adolescents qui l’entouraient. Pas un seul d’entre eux ne tentait de lui parler ou de l’approcher. Elle sentit un pincement au cœur en voyant tout ces jeunes si proches les uns des autres alors qu’elle ne connaissait personne. Tout à coup, le groupe de sa classe se déplaça en suivant une petite dame rondelette qui semblait être leur nouveau professeur principal. Alors qu’elle avançait, Johanna pouvait entendre des discussions dont elle était sans nulle doute le sujet ce qui fit monter son anxiété d’un cran. Elle était tellement male à l’aise qu’elle faillit tomber en manquant une marche de l’escalier qu’ils montaient, mais quelqu’un la retint pas le bras. Quand elle jeta un regard en arrière pour remercier la personne qui l’avait aidée, elle croisa le regard vert d’un jeune homme aux cheveux roux.
- Ca va ? lui demanda-t-il d’une voix grave qu’elle jugea plutôt agréable.
- Très bien, merci, babultia-t-elle en remontant ses lunettes sur son nez.
- Olivier arrête de draguer la nouvelle !
C’était une jeune fille blonde qui venait de parler alors qu’elle s’approchait d’eux en montant les quelques marches qui les séparaient.
-Je m’appelle Léonore, mais tu peux m’appeler Léo, reprit la jeune fille. Enchantée de faire ta connaissance. Johanna, c’est bien ça ?
-Oui, c’est ça.
- Tu veux venir boire un verre avec nous après les cours ? Le café est juste en face du lycée.
- J’aimerais bien mais il y a mes gardes du corps… commença la brune.
- T’inquiète pas, la rassura Léo. Ils pourront s’installer à côté de nous !
- T’es sure ? l’interrogea Johanna stupéfaite par la sympathie que semblait lui témoigner son interlocutrice.
- Bien sur, on pourra faire connaissance ! On se retrouve devant le lycée après les cours ! Au fait Olivier, 18 heures après l’entraînement de foot au même endroit que d’habitude ?
- Ouai, pas de problème.
-Bon, je file retrouver Sandrine ou elle va entrer en classe sans moi!
Sur ces mots, Léo s’éloigna d’un pas rapide vers une petite brune avec qui elle entama une discussion animée. Johanna l’envia. Cette fille semblait bien dans sa peau, à l’aise avec tout le monde et en particulier avec le jeune homme roux qui la fixait des yeux. Elle rougit sous le regard insistant et il crut bon d’ajouter :
- Léo est toujours pleine d’énergie, tu t’y habitueras vite. Bon bah je te laisse moi aussi. A plus tard.
Il avait une démarche chaloupée. « Agréable à la vue » songea Johanna. Le rouge lui monta de nouveau aux joues quand elle se rendit compte de ce à quoi elle pensait : Olivier lui plaisait ! Elle n’eut heureusement pas le temps de ses poser des questions, sa classe entrait déjà dans une salle où ils allaient passé trois heures à feuilleter le règlement intérieur en vigueur depuis des années dans l’établissement.
Les deux gardes du corps acceptèrent d’accompagner Johanna jusqu’au café mais seulement après avoir eu l’autorisation de leur patron : Albert Duchesnay qui fut ravi d’apprendre que sa fille se faisait des amies. C’est ainsi que Johanna se retrouva assise dans le petit café « L’Arc-en-ciel » entre Sandrine et Léo, ses gardes du corps assis une table plus loin. Gênée, Johanna n’osait pas parler et se fut Bertrand, le gérant du café qui entama la discussion avec les trois filles.
- T’en fais pas ma belle, je les aime déjà tes molosses ! En plus ils ont l’air d’apprécier le cocktail spécial de la maison : le « Ciel bleu ». Ca te dit d’essayer ?
Le bonhomme aux cheveux blanc et au ventre rond souligné pas un tablier blanc mis en confiance la fille de milliardaire et c’est naturellement qu’elle lui répondit avec un grand sourire :
- Avec plaisir. C’est sans alcool ?
- Bien sur, j’ai une clientèle de mineurs. Tu dois avoir une quinzaine d’année non ? lui demanda-t-il en allant jusqu’à son bar de toutes les couleurs qui valait son nom à l’établissement. Il commença à remplir trois verres sous l’œil attentif des gardes du corps alors qu’elle lui répondait :
- J’ai 16 ans.
- Comme Léo et Sandrine alors. D’ailleurs, comment ça c’est passé vos vacances les filles ?
- On est parti camper avec Alexis, répondit Sandrine l’air dépité. Et il ne s’est rien passé ! Je vais devenir folle si il ne se décide pas.
- Tu devrais peut-être en parler avec mon frère, c’est le meilleur ami d’Alexis, lui conseilla Léo.
- C’est vrai que si Olivier lui en parlait, ça pourrait faire avancer les choses, acquiesça Bertrand en déposant les verres remplis d’un liquide bleu sur la table.
- Olivier est ton frère ? interrogea Johanna qui se souvenait du visage du jeune homme au t-shirt noir comme si il était à côté d’elle.
- Oui, il a un an de plus que moi mais il a redoublé.
- Fais attention, ces deux là sont encore plus liés que les doigts de la main, commenta Sandrine en sirotant son Ciel bleu.
- Je suis très attachée à mon frère et il a besoin de moi, surtout depuis le décès de notre mère. Il a besoin de moi pour ne pas se remettre à faire des conneries.
- Je n’en suis pas si sûr, lui répondit Bertrand. Bon Johanna, goûte moi mon cocktail pour que je sache ce que tu en penses !
La jeune fille approcha timidement le verre de ses lèvres et goûta le breuvage sucré aux notes de banane. Elle fit un grand sourire au propriétaire du café qui, satisfait, se remit en place derrière son bar multicolore. Sandrine, très bavarde comme le constata Johanna, reprit alors la conversation sous forme d’un monologue coupé par quelques questions de Léo. Pendant une vingtaine de minutes, il fut question d’Alexis, le meilleur ami d’Oliver, qui n’arrivait pas à franchir le pas avec Sandrine. Ils avaient pourtant passé deux mois ensemble et tout le monde savait qu’il était profondément amoureux de la jeune fille. Léo suggérait pour la quatrième fois à son amie d’en parler avec son frère quand les gardes du corps de Johanna montrèrent des signes d’impatience. Léo jeta un coup d’œil à sa montre et s’exclama :
- Il est déjà 18 heures ! Je vais être en retard pour retrouver Olivier !
- Encore heureux que t’as personne dans ta vie, nota Sandrine. Sinon tu n’aurais pas assez de temps pour t’occuper de lui et de ton frère !
- Tant qu’il aura besoin de moi, je serais présente. Bon on ferait bien d’y aller ou sinon tu vas louper ton rendez-vous avec Alexis toi aussi.
Elles sortirent toutes les trois du café, suivies de près par les deux gardiens de Johanna. Sandrine partit en courant de son côté alors que les deux autres jeunes filles prenaient une direction différente pour se séparer quelques mètres plus tard sans oublier de se promettre qu’elles referaient une sortie dès que possible.
Johanna, toujours escortée, marchait depuis à peine quelques secondes quand elle entendit un crissement de pneu suivi d’un grand cri. Prise de panique, elle se rendit compte que le bruit venait de l’endroit où elle s’était séparée de Léo. Sans réfléchir, elle courut dans la direction du bruit. Stupéfaite, elle trouva la jeune blonde allongée sur le sol, inconsciente. Près d’elle, Olivier semblait sous le choc.
Mais, en vérité, c’était encore pire. Il semblait au jeune homme que toutes ses pensées s’étaient arrêtées. Il avait beau crier, sa sœur ne lui répondait pas, elle gardait obstinément les yeux fermés. Il ne parvenait pas à croire ce qu’il venait de voir. L’instant d’avant, elle riait en traversant la rue sur le passage piéton et maintenant elle gisait inerte sur le goudron. Il avait à peine eu le temps d’apercevoir la voiture qui n’avait pas pris la peine de ralentir en traversant le passage clouté, fauchant Léo par la même occasion.
Déjà, des gens se regroupaient autour d’eux alors qu’il s’agenouillait près du corps de sa sœur dont la poitrine se soulevait légèrement : elle était vivante ! Il tendit la main pour la toucher quand on l’en empêcha par une pression sur l’épaule. Il se retourna et fit face à un grand homme brun aux tempes grisonnantes.
- Je suis médecin, lui dit-il. Laisse moi faire, petit.
L’homme s’agenouilla près du corps de Léo alors que la foule voulant savoir ce qu’il se passait, éloignait de plus en plus Oliver de sa sœur. L’adolescent hurlait pour qu’on le laisse revenir auprès de sa sœur. Il levait le bras pour frapper quand quelqu’un le lui agrippa et alors qu’il tentait de se libérer, il croisa le regard bleu de la jeune fille qui le retenait. D’une voix calme elle déclara :
- Olivier, calme toi. La violence n’arrangera rien et il est médecin, il est plus capable que toi d’aider ta sœur.
Voila j'espère que cette nouvelle histoire vous plait, elle nous accompagnera pour deux mois ;). Bisouilles à tous et à la semaine prochaine !
ajouter un commentaire commentaires (8) recommander



