Bizarrement, j’avais envie de savoir jusqu’où elle irait dans son raisonnement et plutôt que d’être en colère, cela m’amusait.
- Je ne sais même pas qui s’est, mais vu l’état des filles qui sortent du concert.
- Je vous trouve un peu dure avec lui…
J’essayais de voir si elle allait trouver des circonstances atténuantes à mon « ego surdimensionné ».
- Je fais juste le tri entre le bon et le mauvais, me fut-il dit.
- Donc je suis mauvais ?
Mon sourire devait s’étendre d’une oreille à l’autre devant son expression stupéfaite quand elle ouvrit la bouche pour dire :
- Pardon ?
Un coup discret à la porte se fit entendre et ma sœur passa la tête dans la loge :
- Will, je file avec John, tu nous rejoins ?
- J’arrive… puis j’ajoutais à l’intention de l’impertinente livreuse : Mademoiselle, je crois que vous m’avez dit ce que tout le monde m’avait caché jusque là.
- Je suis désolée, s’excusa-t-elle en rougissant joliment. Elle fut à cet instant je crois, plus belle que jamais.
Gênée, elle voulut s’en aller mais je lui saisis le poignet et l’empêchais de partir :
- Je pensais que vous aviez besoin d’une signature, lui expliquais-je en prenant la feuille qu’elle tenait et en signant près de mon nom.
- Vous vous êtes moqué de moi, murmura-t-elle.
- Je l’avoue volontiers. Mais si vous vous êtes trompée sur mon identité c’est que je ne dois pas ressembler tellement aux autres artistes.
- C’est vrai que vous faites presque négligé…
- Aïe ! Mon ego surdimensionné me fait mal.
Elle osa un sourire et je sus avec certitude que je voulais la revoir.
- Je dois y aller, j’ai encore trois bouquets à livrer.
Très vite, je trouvais un bloc note et un stylo qui trainaient dans mes affaires et écrivis mon numéro de téléphone personnel sur le papier pour le lui donner. Sans un mot, elle sortit de la pièce me laissant un dernier sourire qui me laissa paralysé au milieu de ma loge avec une expression stupide de béatitude sur le visage.
Une semaine après, nous finissions notre tournée avec le groupe et tous m’avaient déjà demandé si j’allais bien. La réponse que je donnais pour les rassurer n’avait rien à voir avec ce que je ressentais et je pense que peu d’entre eux y ont cru à l’époque, surtout Marine qui passait son temps dans ma loge. La nuit où j’avais rencontré ma fleuriste, j’avais eu du mal à m’endormir et persuadé qu’elle m’appellerait, j’étais déçu de n’avoir pas eu de nouvelles d’elle au bout de sept jours.
J’étais résigné et presque dépressif en montant sur scène pour notre dernier concert mais j’avais un public à qui je devais du grand spectacle. Je commençais à chanter en me défoulant, faisant ressortir mes sentiments dans ma voix pour rendre le concert encore plus spectaculaire. Puis comme à mon habitude, je m’approchais du bord de la scène, là ou je pouvais voir, malgré les éclairages, le public réunit dans la fosse. Et c’est là que je croisais son regard noisette qui brillait. Comme elle était belle dans son jean et son débardeur blanc, ses longs cheveux détachés balayant ses épaules ! Tout en continuant à chanter, je la regardais et quand enfin le concert se termina, je me penchais en avant et lui tendis la main. Pour la saisir, elle dut escalader les barrières en même temps que des fans qui voulaient me toucher. Mais mes doigts se refermèrent sur les siens, et avec l’aide de Martin, une des personnes qui surveillait le public, je la hissais sur la scène près de moi.
- Alors ? Je prétends savoir chanter ? la taquinais-je.
- C’est bien ce que je disais, comme les autres mais négligé, me fut-il répondu avec un sourire à damner un saint.
- Alors pourquoi tu es venue ?
- Peut-être parce que l’homme de la loge m’a plu…
Je ne sais pas si je suis tombé amoureux d’elle à ce moment là ou avant mais depuis, mon cœur bat toujours autant que sur cette scène quand je la vois.
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