- T’es sur que tu veux y aller ce matin ? T’es encore un peu pale fiston et je sais que tu as encore des insomnies…
Père et fils étaient en train de prendre leur petit déjeuner, assis face à face autour de la table de la kitchenette. Un bol de céréale pour le plus jeune, un café noir serré pour le plus âgé mais pour tous les deux le même visage que seules les marques du temps venaient différencier. Tous deux avaient des cernes et l’air hagard mais dans leurs regards, on pouvait trouver une nouvelle envie de lutter, de ne pas sombrer.
- Tu peux parler papa, toi aussi tu ne dors pas, remarqua Olivier. Je suis crevé, mais ça fait deux semaines que je ne suis pas allé en cours, alors que toi t’as repris ton boulot au bout de deux jours.
- Moi, j’ai plus du double de ton age et j’ai besoin de m’occuper pour ne pas devenir fou.
- De toute façon, j’ai demandé à Johanna de m’attendre pour aller en cours. Je vais passer chez elle et on fera le chemin ensemble.
- Tu vas la remercier ?
- Bah oui… elle m’a quand même apporter les cours tout les jours. A vrai dire, j’ai même acheté un petit truc pour elle. J’espère que je n’aurai pas l’air ridicule, ajouta-t-il en se levant pour déposer son bol dans le lave-vaisselle.
- Il n’y a aucune raison qu’elle se moque de toi, le rassura son père avec un sourire qui était devenu rare depuis l’accident.
- Bon je file, ou je vais louper le bus. A ce soir !
- A ce soir fiston !
Avec un sourire, Louis regarda son fils se saisir de son sac et sortir en courant de la maison. Même si Léo allait mal, Olivier lui au moins semblait s’en sortir… Pas d’appel du commissariat, pas de lettre recommandé du lycée pour signaler des absences, son fils n’avait pas rechuté dans la violence et cela, l’homme savait qu’il le devait en partie à Johanna.
C’est en courant qu’Olivier se dirigea vers l’arrêt de bus. Et cela pour deux raisons. La première était qu’il était en retard comme d’habitude et la seconde était le désagréable pincement qu’il sentait dans sa poitrine en songeant que normalement, il faisait ce chemin en compagnie de sa sœur. Le bus arriva avec 5 minutes de retard comme à l’accoutumée. La douceur qui régnait depuis deux jours faisait que tout le monde avait relégué gilets et manches longues au fond des placards et si il n’y avait pas eu les cours, tout les lycéens se seraient crus en vacances d’été. Olivier qui avait revêtu un pull léger l’enleva, dévoilant ainsi son t-shirt blanc, et fourra le lainage dans son sac alors qu’il montait dans le bus où régnait une chaleur étouffante. Alexis et Sandrine saluèrent leur ami avec chaleur : ils étaient venus le voir régulièrement et s’étaient souvent inquiétés de son absence de plusieurs jours. Pour fêter son retour, ils décidèrent d’organiser une petite journée entre amis au bord de la piscine de Sandrine.
- On fait ça mercredi après-midi alors ? demanda Sandrine.
- Je pense que c’est bon, la journée est banalisée donc on a pas cours, répondit Alexis. Tu en penses quoi Olivier ?
- Pas de problème, par contre Sandrine, ça ne te gêne pas si j’invite quelqu’un ?
- Plus on est de fous, plus on rie ! récita la jeune fille. Qui tu comptes invi…
Sa question resta en suspens car Olivier se dirigeait déjà vers la sortie du bus.
- On ne descend pas à celui-ci, remarqua Alexis.
- Je sais, je vous rejoins après ! cria Olivier avant de descendre sur le trottoir.
D’un pas rapide, il se dirigea vers la maison de Johanna, impatient de la revoir alors qu’ils s’étaient encore parlés le jour d’avant quand elle était venue lui apporter les cours du vendredi. Pendant les 15 jours qu’avait duré l’absence du jeune homme roux au lycée, ils s’étaient vus presque tous les soirs. Si la raison principale de sa visite était les devoirs, elle discutait souvent de tout et de rien avec lui et il avait appris à connaître un peu plus cette jeune fille un peu effacée mais finalement, il fallait bien l’avouer, adorable. Bien sur, elle n’était pas vraiment à son goût avec ses lunettes et ses vêtements qui démentaient presque son statut de fille de milliardaire, mais elle était devenue une personne sur qui il pouvait compter. Comme Léo.
Elle aimait la lecture, se pelotonner sous sa couette et boire du thé les jours pluvieux, rien à voir avec lui qui préférait le sport et sortir avec ses amis. La seule chose qui les reliait c’était l’affection qu’elle avait pour son petit frère de 4 ans et qu’il avait pour sa sœur. Ils se racontaient des anecdotes, des souvenirs et il avait commencé peu à peu à apprécier le sourire de Johanna et la lueur qui s’allumait dans ses yeux bleus quand elle riait.
Il regarda sa montre et s’aperçut qu’il était un peu en avance. Avait-il une chance de la voir sans ses lunettes et encore décoiffée ? Il s’était souvent demandé à quoi elle pouvait ressembler sans ses verres et ses nattes et il attendait une occasion avec impatience. Peut-être ne les aurait-elle pas quand elle viendrait à la piscine ? Si elle acceptait son invitation bien entendu.
Il arriva devant le portail de la grande maison des Duchesnay et songea un instant que la jeune fille devait avoir une piscine privée dans cet espèce de château. Il avait du mal à imaginer son amie dans cette grande demeure, elle était si simple comparé au faste qui se tenait devant lui mais l’évidence lui sauta aux yeux quand elle sortit en claquant doucement la porte derrière elle. Johanna semblait à l’aise, comme habituée, au milieu de tout ce luxe malgré son t-shirt bleu trois fois trop large et son jean qui semblait être fait pour en accueillir deux comme elle. Elle appartenait à un monde différent du sien c’était certain. Il la vit faire de grand signe de la main à un enfant qui se tenait à la fenêtre sans qu’elle ne remarque sa présence.
- C’est ton frère ? demanda Olivier souriant de la voir sursauter puis se retourner vers lui avec une expression stupéfaite.
- Oui, c’est Chris, enfin Christophe, mon petit frère, lui répondit-elle en le rejoignant devant le portail. C’est un rituel que l’on a tout les deux. Il est très angoissé quand il me voit partir le matin, ajouta-t-elle comme pour se justifier de ce qu’elle venait de faire.
- Avec Léo, on faisait la même chose quand on devait aller chacun dans nos classes. Avec mon redoublement, on en avait plus besoin. Bon on y va ?
- Je te suis, dit-elle en lui emboîtant le pas sur le trottoir.
Un silence pesant s’installa entre eux ce qui fit monter une certaine angoisse chez les deux adolescents. Johanna sentait une certaine réserve chez son compagnon : allait-il devenir aussi distant que les autres lycéens ? Depuis l’accident de Léo, il avait été le seul à lui parler, comme si être une fille de milliardaire intimidait les gens. Olivier de son côté ne savait pas comment entamer la discussion. Il voulait l’inviter… mais et si elle refusait ? Déjà, il fallait qu’il la remercie. Sans un mot, il s’arrêta de marcher et il fouilla dans son sac et tendit un petit paquet bleu entouré d’un ruban blanc à la jeune fille qui ne le saisit pas tout de suite.
- C’est pour toi, pour te remercier.
- Tu n’as pas besoin de me remercier, je t’assure, balbutia-t-elle en rougissant.
- Moi je pense que si, d’ailleurs si tu refuses, je ne sais pas vraiment ce que je vais en faire. Allez prends-le.
Elle attrapa le cadeau et entreprit de l’ouvrir. Au milieu d’un écrin, elle trouva deux petites boucles d’oreilles dont les pierres bleues formaient deux petites fleurs à 5 pétales.
- Elles sont magnifiques, murmura Johanna.
- J’ai remarqué que tu portais encore des prothèses à tes lobes, Léo avait les mêmes quand elle s’est faite percer les oreilles. Je suis content qu’elles te plaisent. J’avais peur d’avoir mal choisit.
- Pas du tout, mais tu n’aurais pas dû, je ne sais pas comment te remercier… elles doivent coûter une petite fortune.
- Mon salaire de l’Arc en Ciel me suffit amplement, lui répondit-il étonné qu’une fille riche comme elle puisse s’attarder à ce genre de détails. Pour me remercier, reprit-il, tu vas commencer par les mettre… et puis j’ai un petit service à te demander. Mais tu n’es pas obligée d’accepter, s’empressa-t-il d’ajouter.
- Dis toujours.
- Voila mercredi on se fait un après-midi piscine avec des amis, tu voudrais bien venir ?
Il espérait tellement la voir venir que la grimace qui apparut sur les traits de la jeune fille lui fit mal au cœur.
- Evidemment, tu dois en avoir une chez toi, je peux comprendre que tu ne veuilles pas venir.
- Non ce n’est pas ça… mais je ne peux pas, je ne pourrais pas y arriver !
Il vit les mains de la jeune fille qui tenaient encore le paquet se mettre à trembler. C’est alors qu’il remarqua les yeux troublés de son amie. Elle semblait plongée dans des pensées effrayantes. Elle avait peur, il en était sûr, mais de quoi ? Il l’avait toujours connue calme et sereine même dans les moments les plus durs, la voir avec des yeux si effrayés lui donnait l’envie de la prendre dans ses bras pour la protéger. Il avança d’un pas vers elle et lui saisit les mains juste avant qu’elle ne fasse tomber les boucles d’oreilles.
- Qu’est ce qu’il y a ? Je ne t’ai jamais vu comme ça.
- Il n’y a pas de piscine chez moi, Papa a toujours refuser d’en faire construire depuis l’accident…
D’un regard rassurant, il l’incita à continuer.
- Quand Chris avait un an, il est tombé dans la piscine, c’est moi qui suis aller le chercher mais… je ne savais pas nager. J’ai essayé de le maintenir hors de l’eau mais je m’enfonçais de plus en plus… puis j’ai perdu connaissance, j’ai vraiment cru que j’allais mourir et lui avec… Je ne peux plus m’approcher d’une piscine…
-Tu pourrais rester sur le bord tu sais, et puis je serai là moi. Il ne t’arrivera rien et même si c’était le cas, je sais nager.
Il voulait la rassurer, qu’elle vienne, qu’elle reste avec lui.
- Tu me le promets ?
- Bien sur. Par contre, on ferait bien de reprendre notre route sinon on va être en retard.
Dix minutes plus tard, Olivier et Johanna entraient dans la salle de cours sous les regards interrogateurs de leurs camarades de classes. Personne, pas même Sandrine et Alexis ne savaient qu’ils étaient amis. Il faut dire qu’aucun d’entre eux ne s’était donné la peine de parler à la nouvelle.
Alors que Johanna s’asseyait dans un coin, Oliver rejoignit Alexis qui commença à le questionner :
- Dis ton invité pour mercredi, c’est Johanna ?
- Oui, pourquoi ?
- Tu sais que tout le monde doit se poser des questions après vous avoir vu arriver ensemble.
- Mais il n’y a aucune question à se poser, on s’entend bien c’est tout.
Il avait la désagréable sensation de mentir mais comment expliquer l’attirance inhabituelle qu’il avait pour cette jeune fille ? Elle était gentille, elle avait des yeux magnifiques et elle l’avait aidé, c’était tout. Il était sorti avec pas mal de filles mais jamais avec quelqu’un d’aussi sérieux, ni d’aussi proche de lui et ne comptait pas commencer. Enfin, il essayait de s’en convaincre.
La porte de la salle se referma avec un claquement sec et Olivier porta son regard sur l’homme qui venait d’entrer. C’était son nouveau professeur d’anglais qu’il n’avait pas encore eu l’occasion de rencontrer à cause de son absence de deux semaines. Le jeune homme n’était pas encore habitué a une petite particularité de l’homme qui se tenait devant lui. Il avait des yeux de couleurs différentes : l’un vert, l’autre bleu. Un instant surprit, Olivier mit quelque seconde à comprendre qu’on s’adressait à lui.
-Je suppose que tu es Olivier. Je suis Monsieur Laurent, ton nouveau professeur d’anglais. Si tu as du temps libre, on pourrait se voir pour que tu puisses rattraper ton retard
« Et pour savoir ce qui c’est passé avec Sarah. » pensa Jeremy qui avait immédiatement reconnu le jeune homme roux qui rien qu’en passant dans un couloir faisait apparaître une expression triste sur le visage de la blonde. Depuis deux semaines, que l’enseignant discutait avec elle dans les couloirs, il avait fini par se prendre d’affection pour la jeune fille et ne comprenait toujours pas ce qui l’attristait autant. Il faut dire qu’elle parlait peu d’elle.
- J’ai pu rattraper les cours. Merci quand même Monsieur, dit Olivier précipitamment. Il sentait comme une hostilité de la part de son nouveau professeur.
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Alors cette deuxième rencontre Jeremy-Olivier? Le jeune homme est loin de se douter de ce qui se passe dans la tête de son prof... Voila, bonne semaine à tous et à la semaine prochaine pour
une sortie à la piscine !