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Vendredi 1 février 2008

Pour ce vendredi, je vous présente une nouvelle histoire courte qui sera séparée en deux parties. Pour les amoureux du romantisme, je pense qu'elle vous plaira ( moi fleur bleue? mais nooonnn !)
Bisouille et bonne lecture !

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Le dernier jour ( partie 1 )

 

         Laura s’était souvent vue maquillée comme elle l’était, ses yeux verts magnifiquement mis en valeur par la maquilleuse mais elle ne s’était jamais vue en robe de mariée, un voile piqué dans son épaisse chevelure blonde. Bien sur, comme presque toutes les filles, elle avait rêvé de ce jour mais elle ne pensait pas se marier avec Richard… C’était une toute autre cérémonie qu’elle avait imaginé... Mais à quoi bon se lamenter ? Elle ne pouvait pas changer le passé et elle aurait tout aussi bien fait d’oublier ce qu’elle avait vécu. Après tout, Richard était un parti enviable : riche, beau et doué dans son travail de photographe mais ce grand homme brun au teint halé était homosexuel. C’était pour lui rendre service qu’elle avait accepté de se marier avec lui. Pris dans le chantage de sa mère, le photographe était sommé d’épouser une jeune fille de son choix ou Mlle Duchenière, veille fille d’une quarantaine d’année, héritière d’une grande chaîne hôtelière. Malgré cela, il n’avait pas pu se résoudre à avouer à sa mère son homosexualité qui par ailleurs pouvait être très mal vue dans le milieu bourgeois d’où il venait. Ceux appartenant à cette classe préféraient cacher ce genre de préférence. C’est ainsi qu’il en était venu à demander à Laura, sa muse depuis leur rencontre dans un studio, de jouer le rôle de fiancée. Et contre toute attente, elle avait accepté : qu’avait-elle à perdre à aider son ami ? De plus, elle se savait incapable de faire confiance à un homme de nouveau : jamais plus elle n’aurait le courage de se lancer dans une histoire d’amour.
 
         Jetant un dernier coup d’œil au miroir qui ornait la chambre qu’elle quittait pour aller vivre dans la grande demeure de Richard, elle songea que en vérité, elle avait beaucoup à perdre : son appartement, son indépendance et certainement sa tranquillité d’esprit : la mère de Richard était une vrai mégère. Laura ne parvenait pas à comprendre comment un homme comme Richard, adorable, doux, pouvait avoir pour mère une femme aussi acariâtre et désagréable. Il faut avouer qu’elle était toujours tout sourire quand son fils était dans les parages, pensa tristement la jeune fille, mais quand elles étaient seules toutes les deux, elle ne se privait jamais de lui faire sentir son infériorité. «  Au moins, vous êtes jolie. Cependant, il faudra arrêter de travailler. Les mannequins ne peuvent pas être enceintes. » lui avait-elle dit le matin même quand elle avait insisté pour l’aider à enfiler sa robe de mariée somptueuse. Laura ferma la porte de son ancien appartement puis descendit les escaliers pour enfin sortir de la petite maison. Dehors, son cousin Max l’attendait et, lui prenant la main, il la conduisit jusqu’à la voiture toute décorée de rubans. Elle déposa un baiser sur la joue de Max, seule famille qui lui restait depuis l’accident qui avait coûté la vie de leurs parents à tous deux. Lisa, la maquilleuse de l’équipe de Richard mais aussi la meilleure amie de Laura, la pressa de monter dans le véhicule où elle était déjà installée. A peine la porte refermée, Lisa recommença son éternel rengaine qu’elle répétait depuis qu’on lui avait annoncé  le mariage :
- Tu es sure que tu veux le faire ? Toute l’équipe du studio ne cesse de dire que c’est une folie !
- Sauf que toute l’équipe sait que Richard est homosexuel mais pas le reste du monde et en particulier sa mère !
- Il ferait bien d’assumer un peu ! A son âge, on n’a plus peur de sa mère ! Bon, je te le concède ta future belle-mère est horrible mais…
- On divorcera rapidement, la rassura Laura qui tentait de s’en convaincre elle-même car elle savait que le divorce serait mal vu par la famille de Richard.
- Bon alors peut-être que cela te fera changer d’avis, il me l’a donné il y a à peine dix minutes. Je n’ai pas réussi à le convaincre de rester. Il m’a dit avoir quelque chose à preparer.
Lisa tendit à son amie une enveloppe où était écrit « Laura » d’une écriture décidée. Le mannequin s’en saisit les mains tremblantes et l’ouvrit le cœur battant, sachant déjà qui était l’auteur de la lettre. Elle parcourut trop rapidement la missive et dut la relire plus lentement, les larmes lui montant aux yeux. Son amie n’intervint pas et elle lui en fut reconnaissante : des souvenirs lui revenaient en tête, des souvenirs qui n’appartenaient qu’à elle ou plutôt qu’à eux deux…
 
         Elle revoyait cette rencontre alors qu’elle venait de percer dans le monde de la mode grâce à Richard. Après deux semaines assez fatigantes, le photographe avait accordé à l’ensemble de son équipe deux semaines de vacances. Laura et Lisa avaient décidé de louer à deux une petite maison au bord d’un lac entouré d’arbres. Malheureusement, la mannequin dut se rendre seule sur son lieu de vacances : une inondation avait retenu Lisa chez elle pour quelques jours mais cette dernière avait promis de venir rejoindre son amie dans leur location le plus tôt possible.
         C’est plus pour passer le temps que pour maintenir sa forme que Laura avait décidé ce matin-là d’aller courir dans la forêt qui entourait la petite propriété où elle séjournait. Chaussée de tennis et vêtue d’une tenue de jogging qu’on lui avait gracieusement offert après qu’elle eut fait la publicité d’une marque de sport, elle sortit de sa location et s’en fut courir dans les bois. Elle avait déjà couru une bonne vingtaine de minutes quand son pied se prit dans une racine d’arbre et qu’elle s’affala de tout son long dans la boue. Quand elle voulut se relever, elle glissa dans la terre humide et s’étala de nouveau par terre dans un léger cri. Certainement alertée par le bruit, une silhouette apparue d’entre les arbres. Il était grand, brun avec des yeux bleus et une solide carrure. Il était plus que séduisant et le cœur de Laura s’accéléra un peu.
- Vous allez bien ? lui demanda-t-il.
- Je crois, répondit-elle en essayant une nouvelle fois de se relever.
- Laissez-moi vous aider, proposa l’homme. Si vous tombez une nouvelle fois, je ne garantis pas de pouvoir garder mon sérieux, ajouta-t-il avec un sourire charmeur.
         Laura ébaucha elle aussi un sourire et tendit sa main à l’homme qui venait de se pencher vers elle. Il commençait tout juste à la tirer vers lui qu’elle sentit une douleur au poignet qui dut se voir sur son visage car à peine l’avait-il remise sur ses pieds que l’inconnu lui demanda :
- Vous avez mal ?
- Au poignet, je ne pense pas que se soit grave.
- Il faudrait quand même mettre de la glace et le faire voir à un médecin. Je suppose que vous êtes l’autre locataire de Mr Jean ?
- Oui c’est bien ça. Donc c’est  vous qui louez la maison de l’autre coté du lac ?
- En fait de là où nous sommes actuellement c’est plutôt vous qui louez la maison de l’autre coté du lac.
Il eut un rire franc devant le visage étonné de Laura et continua :
- Vous avez fait le tour du lac jeune demoiselle. Dans votre état, je vous propose de faire un détour par ma location. Vous êtes couverte de boue, vous devez avoir froid non ?
- Oui, mais…
         Elle hésitait, bien sur, il avait des yeux magnifiques plein de promesses qui l’envoûtaient mais Laura restait prudente. Elle ne connaissait pas cet homme et elle n’avait aucun moyen de s’assurer que quelqu’un pourrait l’aider en cas de problème. Comme si il avait lu dans ses pensées, il lui tendit son téléphone portable :
- Tenez, téléphonez à Mr Jean. Son fils est médecin et je crois savoir qu’il fait ses visites à domicile ce matin. Demandez lui s’il peut passer à la location de Daniel.
         Il la laissa téléphoner puis ils se mirent en chemin.
- Le médecin passera dans  une heure environ. Il m’a dit de mettre de la glace.
- Pas de soucis. Par contre, faites moi plaisir : la prochaine fois que vous sortez seule, prévenez quelqu’un. Belle comme vous êtes, je n’aurais pas donné cher de votre peau si vous étiez tombé sur pire que moi. Mais au fait quel est votre nom ?
- Laura Redif, lui répondit-elle en marmonnant : elle n’aimait pas se faire sermonner surtout à son âge!
- Et bien je suis Daniel Leroix. Voici la modeste demeure que je loue pour encore deux semaines, ajouta-t-il alors qu’ils arrivaient devant sa location.
         Il ouvrit la porte et la laissa entrer. Aussitôt, elle fut surprise par la propreté des lieux. C’était comme si une femme vivait avec lui : était-ce le cas ? Une certaine déception qu’elle ne s’expliquait pas la gagna. Il s’éclipsa un instant après l’avoir introduite dans le salon où régnait une douce chaleur provenant de quelques braises qui s’éteignaient dans une grande cheminée. Comme dans la location de Laura, deux fauteuils et une table basse étaient disposés près de l’âtre. La jeune femme s’y assit avec délice : ses jambes avaient dû souffrir dans la chute elles aussi. Machinalement, elle saisit un magazine sur la table basse et, en parcourant rapidement les pages, elle tomba sur une publicité où elle posait pour une marque de lingerie. L’une de ses meilleures collaborations avec Richard. Peut-être que Daniel avait lui aussi vu cette photo où elle posait en sous-vêtements ? Elle sentit le rouge lui monter aux joues sans vraiment comprendre pourquoi : c’était bien la première fois qu’elle se sentait gênée à cause d’une publicité de lingerie.
         Lorsqu’il revint dans le salon les bras chargés d’un plateau, il l’a trouva en pleine contemplation du magazine.
- C’est à Christine. Elle l’a oublié en partant hier, lui précisa-t-il en posant le plateau sur la table basse. Le sentiment de déception qu’elle avait ressenti revint : il y avait bel et bien quelqu’un dans sa vie. Dommage, il faudrait s’en contenter comme voisin pendant deux semaines.
- Tenez pour votre poignet, lui dit-il en lui tendant un sac de glace.
- Merci, lui répondit-elle.
- Ah mais je n’ai pas fini Mademoiselle !
 Il lui tendit une tasse d’où s’échappait un merveilleux parfum de chocolat. Un grand sourire s’afficha sur le visage de Laura ce qui le fit exploser de rire.
- Je ne savais pas qu’une tasse de chocolat pouvait avoir un tel effet sur une femme. Vous êtes magnifique quand vous souriez.
- Vous n’êtes pas mal non plus vous savez ! lui dit-elle avec spontanéité.
Elle avança sa main valide pour se saisir de sa tasse mais Daniel, n’ayant pas prévu son mouvement, la lui avança au même moment ce qui eut pour effet de la faire tomber au sol et de répandre son contenu sur la chemise du jeune homme. Laura s’accroupit pour venir ramasser la tasse et butta contre la tête de Daniel qui tentait la même action. Repoussée par terre, la jeune mannequin tomba sur les fesses en partant d’un grand éclat de rire auquel se joignit celui de son hôte.
- Vous ne vous êtes pas brûlé ? demanda Laura alors qu’il l’aidait à se relever.
 Elle se retrouva si près de lui qu’elle remarqua un léger grain de beauté qu’il avait juste au coin de l’œil. En un rien de temps, l’air se chargea d’électricité. Ni lui, ni elle ne pouvaient plus nier l’attirance qu’ils avaient l’un pour l’autre. Laura sentit son souffle s’accélérer quand il approcha son visage du sien et passa ses bras autour de ses hanches. Elle posa ses mains sur le torse mouillé de Daniel et sentit le cœur de l’homme palpiter sous ses doigts. Se refusant à perdre totalement la raison, elle murmura :
- Et ta femme ?
- Je suis un célibataire endurci, enfin je crois que j’ai de quoi changer d’avis…
Il pencha son visage vers le sien et leurs lèvres se joignirent, donnant l’impression à Laura de basculer dans un monde qui n’appartenait qu’à eux deux. Elle sentit les mains de Daniel remonter le long de son dos, de sa nuque avant de venir se perdre dans ses cheveux. Tout à coup, un bruit se fit entendre dehors et il relâcha son étreinte avant de déclarer d’une voix rauque :
- Ca doit être le médecin, pour ton poignet…
Il l’embrassa sur le nez et avec un sourire à damner un saint, il alla ouvrir la porte d’entrée.

*****
Voila pour cette nouvelle histoire qui je l'espère vous plait.
Je vous laisse le choix pour vendredi prochain entre un nouveau chapitre de " Si la vie ne tenait qu'à un rubis" ou la suite de cette histoire courte, laissez moi un commentaire pour m'indiquer quel texte vous voulez !
Bisouille à tous et bonne semaine !
par Padidu publié dans : Le dernier jour communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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