
Bonne lecture !
C’était tout simplement divin ! Ian faisait des merveilles avec le peu de choses dont nous disposions. Son ragoût était délicieux et
depuis 6 jours, date de notre départ, je n’avais pas maigri et même au contraire : j’enfilais avec de plus en plus de mal le pantalon d’ équitation fourni par Elisabeth et mon corsage
blanc devenait souvent étouffant après un repas. A défaut d’avoir l’air fatigué avec mes cernes et mes cheveux roux ébouriffés, je ne souffrais pas de la faim.
- On ne sait pas cuisiner mais au moins on sait apprécier la cuisine princesse ? Ian me fixait, moi et mon bol vide dans les mains. Avait-il seulement conscience de son charme à
ce moment là ? Sa barbe naissante et sa chemise noir dont il avait ouvert les premiers boutons lui donnait un air… sexy comme aurait dit Elisabeth.
Je lui répondis en souriant comme pour m’excuser :
- Une princesse a rarement sa place dans une cuisine, et j’avoue avoir horreur des cuisinières du Palais…
- Il n’est jamais trop tard pour apprendre.
- J’en doute… Pourriez-vous m’apprendre quelque chose comme la cuisine en 6 jours ? demandais-je défaitiste.
En effet, nous n’avions plus que 6 jours de voyage pour atteindre le mont Isin et le Sage. Nous avions bien avancé et sans aucun souci, en effet, nous n’avions eu à subir aucune attaque, à croire
que mon oncle avait décidé de me laisser filer vers ma mort auprès du sage en toute liberté. Je levais les yeux de mon bol et croisait le regard triste de Ian. Je n’avais pas l’habitude de lui
voir cette expression et le sourire qu’il arborait d’habitude m’avait donné beaucoup de courage durant ce voyage funèbre. J’avais appris plus sur cet homme au tempérament si calme en 6 jours
qu’en 10 ans passés à le côtoyer tous les jours au Palais.
- Ne perdez pas courage Princesse, vous vous en sortirez, dit-il tout bas.
Je ne sais pas si ce furent ses paroles ou bien la lueur qui brillait au fond de ses yeux verts qui me toucha, mais à ce moment là, je voulu croire en lui.
- La sage trouvera un moyen de vous gardez en vie, reprit-il
- Une vie que j’ai prise à des centaines de personnes innocentes ? J’ai honte de vivre sur la mort des autres et je voudrais pouvoir extraire cette pierre de mes propres mains !
criais-je.
Je savais le dégoût que je m’inspirais mais c’était la première fois que j’en parlais aussi ouvertement et je sentis des larmes de désespoir perler aux coins de mes yeux quand Ian saisit une de
mes mains. Puis du bout des doigts, il me saisit le menton délicatement et me força à lever mon visage vers le sien.
- Votre vie n’est pas méprisable et vous n’êtes pas responsable du malheur qui s’est abattu sur ces villages
- Je ne suis rien d’autre qu’un être dont la vie n’est pas la sienne.
- Léonie il suffit ! Vous vous blessez toute seule en prononçant ces paroles…
Sur ces mots, il tira sur mon bras et, perdant mon équilibre, je vins me lover contre son torse. Entendre son cœur battre et sentir ses bras autour de moi éveilla chez moi une envie de vivre, une
envie de rester entre ses bras protecteurs. J’éclatai en sanglot, des larmes qui avaient été trop longtemps retenues dans ma gorge sortirent, exprimant la détresse qui m’habitait. Mes larmes
venaient mouiller sa chemise et je sentais ses mains qui me caressaient le dos pour m’apaiser. Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés ainsi, mais il ne relâcha l’étreinte de ses bras
que lorsque mes larmes cessèrent de couler. D’un geste réconfortant, il saisit une des mèches de mes cheveux qui s’était échappé de mon chignon et la plaça derrière mon oreille. Il me tendit un
mouchoir brodé de la rose bleue des Cardo. Le bout de tissu blanc avec lequel je tamponnai mes yeux humides sentait le feu de bois et le parfum léger de Ian.
Le jeune homme me regardait faire, avec une pointe de tendresse dans les yeux qui fit accélérer le rythme de mon cœur, puis, d’une voix calme me dit doucement :
- Ne pensez pas que mourir serait une solution Léonie, votre vie est importante et même très importante pour moi…
- Importante ? répétais-je avec une intonation tremblante qui reflétait mon trouble devant cette déclaration.
- Et bien vous êtes Princesse de Sylbiae non ?
- Je suis importante grâce à mon titre ? Grande consolation…
- Ne prenez pas votre rôle à la légère. La famille royale est un modèle pour le peuple. Et puis si vous n’existiez pas, qui aurais-je à protéger aujourd’hui ? De plus vous croyez-vous à ce
point dénuée de qualité, Princesse, pour ne pas mériter de vivre? J’ai vécu 10 ans avec vous, à apprendre à connaître ceux que je devais protéger, et je sais que vous êtes une jeune fille
gentille et attentionnée, fort courageuse comme quand vous êtes restée près de votre père cette nuit là, mais j’ai peur que ce courage vous empêche d’avoir peur de la mort
- C’est peut-être le cas.
- Apprenez à la craindre, pour nous tous. Si vous ne vous sentez pas digne de vivre, pensez au moins à ceux qui vous entoure et qui vous aime… Pensez aussi à moi, je dois vous protéger mais je ne
puis combattre votre dégoût de vous-même. Promettez-moi quelque chose Princesse, je sais que mon statut au Palais ne me permet pas de vous faire une telle requête, mais je vous demande de me
promettre de toujours avoir ceci avec vous.
En même temps qu’il avait prononcé ces dernières paroles, il sortit d’une de ses bottes un petit couteau dans son fourreau. La petite arme était gravée de la rose des Cardo et j’y vis
d’anciennes traces de sang incrustées dans le bois du manche. Levant les yeux vers Ian, je l’interrogeais du regard alors qu’il me donnait l’arme pour que je la fixe sur une sangle à ma
cuisse.
- C’est le premier couteau que mon père m’a donné quand il m’a envoyé en mission au Palais, et comme vous pouvez vous en douter, il a déjà servi.
- Vous vous en êtes servi souvent ?
- Plus que souvent malheureusement, et j’étais peut être trop jeune quand j’ai tué pour la première f…
Il s’arrêta brusquement dans sa phrase et sans bruit il alla éteindre le feu.
Dans la pénombre, il me fit signe de me taire et instinctivement je me rapprochai de lui jusqu'à poser une main sur son bras. Il me
lança un regard rassurant avant de me saisir dans ses bras pour me plaquer au sol. Une boule de feu passa au-dessus de nos têtes et mon rythme cardiaque augmenta en même temps que ma peur. Je
sentis le corps de Ian se contracter, près à toute éventualité, alors qu’il me murmurait à l’oreille :
-Il fallait bien que cela arrive Princesse mais n’ayez pas peur, je suis là. Dès que vous serrez debout, courrez tout droit vers la forêt que nous avons aperçue en arrivant, ne vous retournez pas
et ne pensez qu’à courir le plus vite possible, je serais derrière vous. Compris ? » Je hochais la tête en signe d’acquiescement et lorsque je ne sentis plus le poids de son corps sur
le mien, je me mis debout et courus vers la forêt. J’entendais les bruits de pas de mon compagnon derrière moi et au bout de quelques dizaines de mètres je sentis un de ses bras m’entourer la
taille. Puis, je fus soulevé du sol par Ian qui tenait fermement une corde qu’il avait fixé dans les branchages grâce à une flèche. Il me déposa sur une branche d’arbre dont les feuilles
pouvaient nous cacher. Ian était complètement silencieux et ma respiration me semblait horriblement bruyante. Il resserra l’étreinte de son bras autour de moi et m’indiqua des lumières qui
bougeaient dans la forêt autour de nous, sans aucun doute, c’étaient les hommes de main de mon oncle qui nous cherchaient entre les arbres. Dans le silence oppressant de la forêt, je perçu la
voix de mon oncle qui hurlait des ordres, puis je l’entendis s’adresser a moi :
- Ma chère nièce, je finirai par te trouver ! Je sens déjà vos présences près de moi. Dans quelques minutes, tu seras en ma possession ! Penses-tu que tu pourras m’échapper ? Toi
ou ton preux chevalier n’avaient aucune chance de fuir… Je le tuerai sans doute en premier, devant tes yeux effrayés.
Tout en prononçant son discours, il s’était dangereusement rapproché de nous et Ian dut sentir ma panique car il passa doucement sa main dans mes
cheveux. Il m’indiqua les faisceaux lumineux et disparut en m’indiquant de garder le silence. J’avais l’impression qu’il m’abandonnait à mon sort, et savoir mon oncle si près de moi me donnait la
chair de poule. Les lumières qui signalaient la présence des sbires de mon oncle continuaient à s’approcher de moi et ce spectacle funèbre fit naître un tremblement dans mon corps. Je me baissai
prudemment sur la branche pour m’asseoir : mes jambes tremblantes ne semblaient plus vouloir supporter mon poids. Les yeux agrandis par la terreur, je scrutai la nuit qui m’entourait dans la
peur de voir s’approcher quelqu’un. Tout à coup, je vis une des lumières s’arrêter de bouger puis s’éteindre. Puis, se fut le tour d’une deuxième et d’une troisième et je compris alors que Ian
venait de neutraliser trois des dix hommes que mon oncle avait sous ses ordres. Je laissai échapper un soupir de soulagement en voyant le reste des lumières disparaître une par une. Cependant,
une inquiétude demeurait en moi : mon oncle utilisait la magie et je savais qu’un Sage n’avait aucunement besoin de lumière pour voir la nuit… Avec un sursaut qui faillit me faire
tomber de la branche, je le vis s’approcher de l’arbre et se placer juste sous moi. Ma respiration s’accéléra lorsqu’il leva les yeux et que mon regard croisa le sien : glacial, dur, il me
fit trembler de terreur. Je vis un sourire mauvais s’afficher sur son visage tandis que lentement, il s’éleva à quelques mètres du sol. Je voulais fuir, mais, mes mains tremblantes refusaient de
lâcher la branche sur laquelle j’étais assise. Je n’arrivais plus à bouger et j’ignorais si c’était ma propre terreur qui me paralysait ou bien si mon oncle usait de magie sur moi. Je tentai
désespérément de réagir, de m’obliger à bouger, mais mon corps refusait d’obéir et je sentis mon cœur faire un bond quand je vis la main de Richard se diriger vers moi. Alors que je m’attendais
au contact de ses doigts sur ma peau, j’entendis un sifflement et, dans un cri de douleur, mon oncle perdit l’équilibre et chuta de quelques mètres avant de se stabiliser dans les airs de
nouveau. Une flèche était plantée dans sa cuisse et je n’eus pas le temps de me demander d’où elle venait que déjà la voix de Ian m’appelait. Levant les yeux vers la direction d’où venait sa
voix, je le vis sur son Pégase noir, ses longs cheveux, de la même couleur que les plumes de son destrier, volant dans le vent créé par les battements d’ailes de sa monture. Il me tendit sa main
libre alors que l’autre tenait encore son arc et m’aida à me hisser devant lui. Mon oncle, furieux, nous envoya des projectiles que je ne pris pas la peine d’essayer d’identifier. Ian fit
prendre de la vitesse à Ombrage puis, le dirigeant grâce à ses genoux, se retourna pour surveiller nos éventuels poursuivants.. Heureusement, il semblait que Ian avait mis hors d’état de nuire
tout les sbires de mon oncle, et aucun ne nous poursuivi pendant que nous nous échappions dans la nuit. Ma peur avait disparu et rassurée, je me laissais aller contre le torse de l’homme
derrière moi. Le cœur battant, je ne voulus voir dans mon geste que du soulagement après cette rencontre avec mon oncle mais je savais déjà qu’il s’agissait sans doute de plus que cela, j’avais
eu peur de le perdre lui.
J'espère que vous avez apprécié le chapitre ^^, un ou deux commentaires me donneraient de l'inspiration pour la suite :p ( mais non je ne fais pas de chantage ! )
Je tiens à remercier une certaine personne pour être venue de si loin pour remettre mon pc en marche et sans qui le texte d'aujourd'hui n'aurait pas pu être publié !
Si tout se passe bien, le prochain chapitre intitulé " Mains froides et frissons" arrivera la semaine prochaine comme d'habitude mais qui sait ce que mon reserve encore mon ordinateur... D'ici la bonne semaine !
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