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Bonne lecture !
Padidu


Vendredi 4 janvier 2008
Premièrement bonne année a tous ! Deuxièment, ce pourquoi vous lisez sans doute cet article : la suite de " Si la vie ne tenait qu'à un rubis" !
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Et  voici la suite de l'histoire de Léonie. En plein voyage avec un Ian toujours aussi charmant...
Bonne lecture !

Chapitre 6 : Il fallait bien que cela arrive...

 
            C’était tout simplement divin ! Ian faisait des merveilles avec le peu de choses dont nous disposions. Son ragoût était délicieux et depuis 6 jours, date de notre départ, je n’avais pas maigri et même au contraire : j’enfilais avec de plus en plus de mal le pantalon d’ équitation fourni par Elisabeth et mon corsage blanc devenait souvent étouffant après un repas. A défaut d’avoir l’air fatigué avec mes cernes et mes cheveux roux ébouriffés, je ne souffrais pas de la faim. 
 - On ne sait pas cuisiner mais au moins on sait apprécier la cuisine princesse ?  Ian me fixait, moi et mon bol vide dans les mains. Avait-il seulement conscience de son charme à ce moment là ? Sa barbe naissante et sa chemise noir dont il avait ouvert les premiers boutons lui donnait un air… sexy comme aurait dit Elisabeth.
Je lui répondis en souriant comme pour m’excuser :
- Une princesse a rarement sa place dans une cuisine, et j’avoue avoir  horreur des cuisinières du Palais…
- Il n’est jamais trop tard pour apprendre.   
- J’en doute… Pourriez-vous m’apprendre quelque chose comme la cuisine en 6 jours ? demandais-je défaitiste. 
En effet, nous n’avions plus que 6 jours de voyage pour atteindre le mont Isin et le Sage. Nous avions bien avancé et sans aucun souci, en effet, nous n’avions eu à subir aucune attaque, à croire que mon oncle avait décidé de me laisser filer vers ma mort auprès du sage en toute liberté. Je levais les yeux de mon bol et croisait le regard triste de Ian. Je n’avais pas l’habitude de lui voir cette expression et le sourire qu’il arborait d’habitude m’avait donné beaucoup de courage durant ce voyage funèbre. J’avais appris plus sur cet homme au tempérament si calme en 6 jours qu’en 10 ans passés à le côtoyer tous les jours au Palais. 
- Ne perdez pas courage Princesse, vous vous en sortirez, dit-il tout bas. 
Je ne sais pas si ce furent ses paroles ou bien la lueur qui brillait au fond de ses yeux verts qui me toucha, mais à ce moment là, je voulu croire en lui. 
- La sage trouvera un moyen de vous gardez en vie, reprit-il 
- Une vie que j’ai prise à des centaines de personnes innocentes ? J’ai honte de vivre sur la mort des autres et je voudrais pouvoir extraire cette pierre de mes propres mains ! criais-je. 
Je savais le dégoût que je m’inspirais mais c’était la première fois que j’en parlais aussi ouvertement et je sentis des larmes de désespoir perler aux coins de mes yeux quand Ian saisit une de mes mains. Puis du bout des doigts, il me saisit le menton délicatement et me força à lever mon visage vers le sien. 
- Votre vie n’est pas méprisable et vous n’êtes pas responsable du malheur qui s’est abattu sur ces villages 
- Je ne suis rien d’autre qu’un être dont la vie n’est pas la sienne. 
- Léonie il suffit ! Vous vous blessez toute seule en prononçant ces paroles…  
Sur ces mots, il tira sur mon bras et, perdant mon équilibre, je vins me lover contre son torse. Entendre son cœur battre et sentir ses bras autour de moi éveilla chez moi une envie de vivre, une envie de rester entre ses bras protecteurs. J’éclatai en sanglot, des larmes qui avaient été trop longtemps retenues dans ma gorge sortirent, exprimant la détresse qui m’habitait. Mes larmes venaient mouiller sa chemise et je sentais ses mains qui me caressaient le dos pour m’apaiser. Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés ainsi, mais il ne relâcha l’étreinte de ses bras que lorsque mes larmes cessèrent de couler. D’un geste réconfortant, il saisit une des mèches de mes cheveux qui s’était échappé de mon chignon et la plaça derrière mon oreille. Il me tendit un mouchoir brodé de la rose bleue des Cardo. Le bout de tissu blanc avec lequel je tamponnai mes yeux humides sentait le feu de bois et le parfum léger de Ian. 
Le jeune homme me regardait faire, avec une pointe de tendresse dans les yeux qui fit accélérer le rythme de mon cœur,  puis, d’une voix calme me dit doucement : 
- Ne pensez pas que mourir serait une solution Léonie, votre vie est importante et même très importante pour moi… 
- Importante ? répétais-je avec une intonation tremblante qui reflétait mon trouble devant cette déclaration. 
- Et bien vous êtes Princesse de Sylbiae non ? 
- Je suis importante grâce à mon titre ? Grande consolation… 
- Ne prenez pas votre rôle à la légère. La famille royale est un modèle pour le peuple. Et puis si vous n’existiez pas, qui aurais-je à protéger aujourd’hui ? De plus vous croyez-vous à ce point dénuée de qualité, Princesse, pour ne pas mériter de vivre? J’ai vécu 10 ans avec vous, à apprendre à connaître ceux que je devais protéger, et je sais que vous êtes une jeune fille gentille et attentionnée, fort courageuse comme quand vous êtes restée près de votre père cette nuit là, mais j’ai peur que ce courage vous empêche d’avoir peur de la mort 
- C’est peut-être le cas. 
- Apprenez à la craindre, pour nous tous. Si vous ne vous sentez pas digne de vivre, pensez au moins à ceux qui vous entoure et qui vous aime… Pensez aussi à moi, je dois vous protéger mais je ne puis combattre votre dégoût de vous-même. Promettez-moi quelque chose Princesse, je sais que mon statut au Palais ne me permet pas de vous faire une telle requête, mais je vous demande de me promettre de toujours avoir ceci avec vous.  
 En même temps qu’il avait prononcé ces dernières paroles, il sortit d’une de ses bottes un petit couteau dans son fourreau. La petite arme était gravée de la rose des Cardo et j’y vis d’anciennes traces de sang incrustées dans le bois du manche. Levant les yeux vers Ian, je l’interrogeais du regard alors qu’il me donnait l’arme pour que je la fixe sur une sangle à ma cuisse. 
- C’est le premier couteau que mon père m’a donné quand il m’a envoyé en mission au Palais, et comme vous pouvez vous en douter, il a déjà servi. 
- Vous vous en êtes servi souvent ? 
- Plus que souvent malheureusement, et j’étais peut être trop jeune quand j’ai tué pour la première f…  
Il s’arrêta brusquement dans sa phrase et sans bruit il alla éteindre le feu. 
          Dans la pénombre, il me fit signe de me taire et instinctivement je me rapprochai de lui jusqu'à poser une main sur son bras. Il me lança un regard rassurant avant de me saisir dans ses bras pour me plaquer au sol. Une boule de feu passa au-dessus de nos têtes et mon rythme cardiaque augmenta en même temps que ma peur. Je sentis le corps de Ian se contracter, près à toute éventualité, alors qu’il me murmurait à l’oreille : 
-Il fallait bien que cela arrive Princesse mais n’ayez pas peur, je suis là. Dès que vous serrez debout, courrez tout droit vers la forêt que nous avons aperçue en arrivant, ne vous retournez pas et ne pensez qu’à courir le plus vite possible, je serais derrière vous. Compris ? » Je hochais la tête en signe d’acquiescement et lorsque je ne sentis plus le poids de son corps sur le mien, je me mis debout et courus vers la forêt. J’entendais les bruits de pas de mon compagnon derrière moi et au bout de quelques dizaines de mètres je sentis un de ses bras m’entourer la taille. Puis, je fus soulevé du sol par Ian qui tenait fermement une corde qu’il avait fixé dans les branchages grâce à une flèche. Il me déposa sur une branche d’arbre dont les feuilles pouvaient nous cacher. Ian était complètement silencieux et ma respiration me semblait horriblement bruyante. Il resserra l’étreinte de son bras autour de moi et m’indiqua des lumières qui bougeaient dans la forêt autour de nous, sans aucun doute, c’étaient les hommes de main de mon oncle qui nous cherchaient entre les arbres. Dans le silence oppressant de la forêt, je perçu la voix de mon oncle qui hurlait des ordres, puis je l’entendis s’adresser a moi :  
- Ma chère nièce, je finirai par te trouver ! Je sens déjà vos présences près de moi. Dans quelques minutes, tu seras en ma possession ! Penses-tu que tu pourras m’échapper ? Toi ou ton preux chevalier n’avaient aucune chance de fuir… Je le tuerai sans doute en premier, devant tes yeux effrayés.  
         Tout en prononçant son discours, il s’était dangereusement rapproché de nous et Ian dut sentir ma panique car il passa doucement sa main dans mes cheveux. Il m’indiqua les faisceaux lumineux et disparut en m’indiquant de garder le silence. J’avais l’impression qu’il m’abandonnait à mon sort, et savoir mon oncle si près de moi me donnait la chair de poule. Les lumières qui signalaient la présence des sbires de mon oncle continuaient à s’approcher de moi et ce spectacle funèbre fit naître un tremblement dans mon corps. Je me baissai prudemment sur la branche pour m’asseoir : mes jambes tremblantes ne semblaient plus vouloir supporter mon poids. Les yeux agrandis par la terreur, je scrutai la nuit qui m’entourait dans la peur de voir s’approcher quelqu’un. Tout à coup, je vis une des lumières s’arrêter de bouger puis s’éteindre. Puis, se fut le tour d’une deuxième et d’une troisième et je compris alors que Ian venait de neutraliser trois des dix hommes que mon oncle avait sous ses ordres. Je laissai échapper un soupir de soulagement en voyant le reste des lumières disparaître une par une. Cependant, une inquiétude demeurait en moi : mon oncle utilisait la magie et je savais qu’un Sage n’avait aucunement besoin de lumière pour voir la nuit… Avec un sursaut qui faillit me faire tomber de la branche, je le vis s’approcher de l’arbre et se placer juste sous moi. Ma respiration s’accéléra lorsqu’il leva les yeux et que mon regard croisa le sien : glacial, dur, il me fit trembler de terreur. Je vis un sourire mauvais s’afficher sur son visage tandis que lentement, il s’éleva à quelques mètres du sol. Je voulais fuir, mais, mes mains tremblantes refusaient de lâcher la branche sur laquelle j’étais assise. Je n’arrivais plus à bouger et j’ignorais si c’était ma propre terreur qui me paralysait ou bien si mon oncle usait de magie sur moi. Je tentai désespérément de réagir, de m’obliger à bouger, mais mon corps refusait d’obéir et je sentis mon cœur faire un bond quand je vis la main de Richard se diriger vers moi. Alors que je m’attendais au contact de ses doigts sur ma peau, j’entendis un sifflement et, dans un cri de douleur, mon oncle perdit l’équilibre et chuta de quelques mètres avant de se stabiliser dans les airs de nouveau. Une flèche était plantée dans sa cuisse et je n’eus pas le temps de me demander d’où elle venait que déjà la voix de Ian m’appelait. Levant les yeux vers la direction d’où venait sa voix, je le vis sur son Pégase noir, ses longs cheveux, de la même couleur que les plumes de son destrier, volant dans le vent créé par les battements d’ailes de sa monture. Il me tendit sa main libre alors que l’autre tenait encore son arc et  m’aida à me hisser devant lui. Mon oncle, furieux, nous envoya des projectiles que je ne pris pas la peine d’essayer d’identifier. Ian fit prendre de la vitesse à Ombrage puis, le dirigeant grâce à ses genoux, se retourna pour surveiller nos éventuels poursuivants.. Heureusement, il semblait que Ian avait mis hors d’état de nuire tout les sbires de mon oncle, et aucun ne nous poursuivi pendant que nous nous échappions dans la nuit. Ma peur avait disparu et rassurée, je me laissais aller contre le torse de l’homme derrière moi. Le cœur battant, je ne voulus voir dans mon geste que du soulagement après cette rencontre avec mon oncle mais je savais déjà qu’il s’agissait sans doute de plus que cela, j’avais eu peur de le perdre lui.

*****
J'espère que vous avez apprécié le chapitre ^^, un ou deux commentaires me donneraient de l'inspiration pour la suite :p ( mais non je ne fais pas de chantage ! )
Je tiens à remercier une certaine personne pour être venue de si loin pour remettre mon pc en marche et sans qui le texte d'aujourd'hui n'aurait pas pu être publié !
Si tout se passe bien, le prochain chapitre intitulé " Mains froides et frissons" arrivera la semaine prochaine comme d'habitude mais qui sait ce que mon reserve encore mon ordinateur... D'ici la bonne semaine !
       
par Padidu publié dans : Si la vie ne tenait qu'à un rubis communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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Jeudi 27 décembre 2007
Nous revoila avec l'histoire de Léonie ! Bon d'accord, on est pas vendredi seulement je ne pourrai pas poster demain ! Prenez cette avance comme un petit cadeau de Noel :p. 
Aujourd'hui on découvre l'histoire du père de Léonie et on répondra à certaines questions posées dans les commentaires ( c'est quoi le Coeur du sacrifice ? ) 
Ps : en esperant que cela reponde à tes questions Mary.

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Chapitre 5 : Par amour pour un frère
 
         Encore une nuit… C’était la troisième depuis l’aube où nous avions quitté la demeure des Cardo suite aux révélations de mon père. Je dormais peu  et j’étais heureuse de n’avoir aucun miroir qui m’aurait renvoyé l’image d’un visage creusé par les cernes. Les Pégases volaient calmement et leurs ailes silencieuses nous avaient permis de ne pas nous faire repérer par les éventuels tueurs que mon oncle avait sans doute envoyés à ma poursuite. Mes blessures aux bras s’étaient presque refermées ne laissant que deux ou trois fines marques. Je pouvais m’estimer heureuse d’être encore en vie avec ces quelques égratignures tout en ayant parcouru le quart du chemin qui me mènerait certainement à la mort.
         Je devais me séparer du Cœur du Sacrifice pour sauver Sylbiae et cela même si je devais y laisser la vie. J’avais au fond de moi l’espoir qu’il y eut une autre solution, mais j’essayais de me convaincre de ne pas avoir peur de la mort : je n’étais même pas destinée a être encore en vie et j’avais vécu assez longtemps sans y être autorisée. Depuis que j’avais appris que le Cœur était en moi, ma vie m’avait semblé ne pas m’appartenir. Comment aurais-je pu un jour accepter de porter la cause de la Grande Guerre de Sylbiae en moi et, pire encore, de lui devoir la vie ?
         J’avais vécu toutes ces années avec l’horrible création de Richard de Sylbiae en mon sein. Il était le frère aîné de mon père et c’était lui qui aurait dû hériter du trône, mais il avait commis un acte abominable à cause de sa soif de puissance…
        
         Le soir qui avait précédé mon départ, mon père me raconta ce qui n’avait pas seulement modifié mon destin mais aussi celui de Sylbiae et de ma famille. Il avait grandi avec son frère au Palais, tout comme j’avais grandi avec Elisabeth et Sam. Malgré les 5 ans qui les séparaient, Stanislas, mon père, avait toujours voué une admiration sans borne pour mon oncle Richard qui, de son côté, adorait son jeune frère et entrait dans des colères noires si qui que ce soit venait à faire pleurer l’adorable bambin.
         Richard avait la particularité de savoir manier la magie, aptitude très appréciée à Sylbiae et surtout par le Roi qui était très fier que son premier fils ait la magie dans le sang. Mon père quant à lui n’avait pas une once de pouvoir magique en lui ce qui fit que le Roi s’en désintéressa totalement, le laissant au bon vouloir des serviteurs.
         Ce fut ainsi que mon oncle commença à s’occuper de mon père pendant leur enfance : ils dormaient ensemble quand le plus jeune avait peur de l’orage ; Richard s’occupait des vêtements de son petit frère ainsi que de ses précepteurs ; il lui avait appris à monter à cheval, à tenir une épée mais aussi à dresser des stratégies de guerre et à gérer un royaume… tout cela en même temps que ses propres études qui devaient le mener sur le trône.
         Cette situation aurait pu durer des années, mais le destin en décida autrement : l’année des 15 ans de mon père, mon oncle échoua à un examen qui aurait dû lui permettre d’atteindre le titre de Sage, désignant le rang des plus grands magiciens du royaume. Mon grand-père entra dans une fureur noire lorsqu’il apprit son échec et, insultant mon oncle de tous les noms, il tenta de découvrir ce qui avait pu détourner son enfant prodige de la voie d’excellence dans laquelle il avançait depuis sa naissance. Il ne pouvait accepter que son successeur, celui dont il était si fier, ait échoué devant tous les Sages, devant tout le Palais et même devant tout Sylbiae. C’était une honte ! Il l’avait déshonoré… Il lui fallait trouver une cause à cet échec ! Ce fût lorsqu’il aperçut son premier fils  en compagnie de son petit frère qu’il comprit ce qui avait détourné Richard : il avait été accaparé par ce misérable bon à rien de Stanislas qui n’avait que du sang bleu dans les veines sans même une goutte de sang magique.
         Le jour suivant, mon père fut envoyé en étude sur un des navires de la flotte royale, mon grand-père ayant prétexté vouloir faire de lui un marin émérite afin de lui remettre la charge de la marine royale lorsqu’il serait trop vieux pour régner. Mon oncle s’opposa de toutes ses forces à cette séparation : il ne pouvait abandonner son petit frère qui avait toujours eu tellement confiance en lui. Le voir emporter en hurlant sans qu’il puisse agir l’avait rempli de fureur et même ses pouvoirs ne purent l’aider à se libérer de la contrainte magique des Sages qui l’empêchait d’atteindre Stanislas. Ce fut certainement à ce moment -là qu’il se promit d’acquérir assez de puissance pour récupérer son frère et pour que personne ne puisse les séparer, pas même le plus puissant des Sages.
         Trois années passèrent, durant lesquelles mon oncle Richard changea totalement : il s’enferma dans sa chambre pour étudier la magie, au plus grand bonheur de mon grand-père. Il devint rapidement le plus puissant des Sages, ayant la capacité de faire plier l’échine à tous les Sages du royaume réunis. Sa soif de puissance ne s’arrêta cependant pas là : il fallait que rien au monde ne puisse lui reprendre son frère !  Lorsqu’il apprit le retour imminent de Stanislas, il s’absenta durant deux jours et personne ne sut où il était allé.
         Il revint au moment précis où son frère se présentait devant son père. La salle du trône avait été envahie par la plupart des Nobles du royaume, incapable de résister à l’envie de voir à quoi pouvait ressembler le plus jeune des Princes après son voyage. Ils ne furent pas déçus du spectacle : Stanislas avait bien changé en trois ans, il n’était plus l’enfant maigrelet qui avait embarqué sur un des navires royaux, il avait pris du muscle et son visage ressemblait maintenant à celui d’un homme. Certaines femmes le jugèrent même plutôt séduisant avec sa fraîche jeunesse et son teint halé d’homme qui avait vécu sur les ponts d’un navire pendant trois ans. Quelle déception pour les courtisanes quand elles s’aperçurent que le sourire qui s’afficha à un moment sur le visage de mon père ne leur était pas destiné ! Richard venait d’entrer dans la salle du trône et Stanislas se précipita vers lui pour saluer son frère qui lui avait tant manqué. Ils parlèrent un moment de ce qui leur était arrivé pendant ces années de séparation et ils purent comprendre tousdeux à quel point ils avaient changé : mon père avait grandi, et mon oncle avait acquis une puissance redoutable… Un certain malaise s’installa entre eux et ce fut sans doute pour l’oublier que mon oncle proposa à l’assemblée de faire un tour de magie, spectacle très apprécié par les courtisans, et  sa proposition fut acceptée à l’unanimité. Le silence se fit dans la salle, et au milieu de tous ces gens assemblés pour le retour de mon père, mon oncle fit apparaître dans sa main un magnifique rubis taillé en forme de cœur. Pas une seule exclamation ne se fit entendre dans la pièce, chacun ressentant l’horrible aura de la gemme que mon oncle tenait entre ses doigts. Puis, comme si une prise de conscience générale avait eu lieu, on entendit des murmures : d’où pouvait bien provenir autant de pouvoir magique ?
         Ce soir-là, mon père, qui s’inquiétait pour son frère, ne put s’endormir et l’aube montrait ses premiers rayons de lumière quand il vit un messager d’Orsae, pays voisin, arriver au Palais. Le pauvre homme semblait éreinté et n’avait pas dû s’arrêter pendant le long voyage qu’il l’avait mené de sa contrée à la nôtre. Il prit à peine le temps de respirer avant d’annoncer la guerre entre Orsae et Sylbiae : les habitants de plusieurs dizaines de leurs villages frontaliers avaient été vidés de toute leur vie par un puissant sortilège. Seul mon oncle pouvait être capable d’un tel charme et on l’avait surpris rodant près de la frontière, une lueur rouge s’échappant d’entre ses mains.
         Une scène horrible éclata au Palais, mon grand-père hurla à en faire trembler les murs, pourtant solides. Mon oncle supporta pendant quelques minutes la colère de son père, jusqu'à ce que sa rancœur surpasse son calme : on l’avait privé de son petit frère, on l’avait traité comme un moins que rien, et, au moment où il était le plus puissant du monde, on le rabaissait encore une fois ! Mon père n’osa pas me raconter en détails ce qui se passa ensuite mais cela lui avait manifestement laissé une marque profonde dans le cœur. Il m’expliqua vaguement que mon oncle étouffa de ses propres mains son géniteur et qu’après cette scène, il avait vu de ses  yeux agrandis par la peur son frère s’approcher de lui pour lui mettre le Cœur du Sacrifice entre les mains : 
- J’ai fait tout ça pour toi petit frère, pour que nous soyons ensemble ! Je suis devenu puissant pour que tu n’ais plus jamais à partir, lui dit mon oncle à l’oreille.
- C’est horrible, réussit à articuler mon père. Tu es un monstre ! Rends moi mon vrai frère ! Où est passé mon cher grand frère calme et gentil ?
Mon oncle regarda mon père dans les yeux pendant quelques instants qui parurent durer une éternité pour ce dernier. La peur rongeait le cœur de Stanislas, il ne voulait qu’une chose, que cet homme qui avait pris la place de son frère s’en aille.
- Vas-t en !
 Ces derniers mots, mon père les avait hurlés à la tête de mon oncle qui sans une parole, se retourna et en titubant, s’enfuit du Palais : tout ce qu’il avait fait n’avait servi à rien, et son petit frère n’existait plus…
         Les temps qui suivirent la disparition de mon oncle furent durs : mon père monta sur le trône sans même savoir ce qu’il devait faire et la guerre contre Orsae le fit mûrir plus vite qu’une dizaine d’année sur le pont d’un navire. Heureusement, au bout de 5 ans, Orsae et Sylbiae, épuisées par la  guerre, conclurent une trêve qui se solda par le mariage de mon père avec la Princesse du pays autrefois ennemi. Ce qui n’aurait dû être qu’un mariage arrangé entre les deux jeunes fiancés se transforma en un coup de foudre qui donna la vie, un an après leur mariage à ma sœur Elisabeth. Puis ce fut mon tour,à  moi et  à mon corps malade dans lequel on plaça une gemme assez puissante pour détruire le pays et ses voisins. Je n’en voulais pas à mon père d’avoir tenter de sauver ma vie. Qui n’aurait pas fait pareil pour son enfant ?
         Mais, je devais rendre le présent que mon père m’avait donné, ce qui avait été pour mon oncle une preuve d’amour fraternel. Le voyage était loin d’être terminé et nous sentions le froid qui nous mordait la peau. Mes mains glacées et engourdies tenaient difficilement les rennes et le destrier volant venait de faire un écart qui me sortit de mes pensées déprimantes. Ian approcha son Pégase du mien et cria contre le vent qui participait grandement au refroidissement de nos corps :
- Il vaut mieux s’arrêter pour la nuit, vous avez les lèvres bleues. 
Je portais mes doigts à ma bouche ce qui le fit sourire, expression qui me réchauffa le cœur. J’étais heureuse qu’il m’ait accompagné pour ce voyage jusqu’au mont Isin où devait se trouver le plus puissant des Sages. Selon mon père, il serait sans doute capable d’ôter la pierre maléfique de mon corps et la détruire comme cela aurait dut être dès le départ. Pour ce qui était de ma vie, on ne savait pas si il réussirait à la préserver tout en retirant de mon corps la source d’où elle provenait.
         Je jetai un regard à la silhouette de l’homme juché sur son Pégase et ma seule pensée fut que je n’allais peut-être jamais avoir le temps d’apprendre à connaître celui dont le sourire était si réconfortant.


par Padidu publié dans : Si la vie ne tenait qu'à un rubis communauté : Ecrivains et vains écrits !
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